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La première fois que je suis passée devant cette librairie située au 104 cours Emile Zola à Villeurbanne, pour moi, ce fut une rencontre. Quel plaisir d'avoir une "vraie" librairie dans son quartier.

Aussi je suis très fière et reconnaissante que ce lieu fut le premier de la "caravane" Etres de sable.

Encore l'occasion de rencontres lors de la présentation du recueil et de notre association.

Merci à toutes les personnes qui ont partagé ce bon moment d'échanges.

Les textes de Khadija Kentaoui ont encore séduit quelques âmes de plus....

J'offre à celles et ceux qui ne connaissent pas encore ce passage...

à bientôt ; bises de la nomadine.

 

"Emerveillée par mes premiers mots, je n’ai jamais voulu m’en débarrasser pour en porter d’autres. Résultat : j’ai porté tous les mots en moi et après chaque émerveillement naissait la douleur d’avoir rencontré le mot et celle d’avoir refusé de le reconnaître. Pour moi, un mot n’est jamais orphelin, ou il est ou il n’est pas et quand il est là, il s’offre à nous avec une telle force, une telle intensité qu’on finit par l’adopter et c’est un choix à faire : porter le mot et l’assumer ou le laisser partir et subir l’errance de le poursuivre toute une autre vie !

De ces innombrables mots que j’ai portés surgit un visage usé mais encore souriant : celui de ma grand-mère. Je la revois souvent, prosternée, adorant la divinité et murmurant un flot de mots sans fin. Je me demande aujourd’hui ce que c’était : une prière fervente ou une chasse aux mots magiques.

En plus des mots, ma grand-mère avait une autre passion, partir, toujours partir. Elle est morte loin, bien loin, en plein désert, le grand espace vide qu’elle a adoré. Ignorant ses origines, elle répétait sans cesse qu’elle venait d’un désert loin, assez loin pour que personne ne l’atteigne. Mon grand-père, lui, était l’absence même. On parlait de lui comme quelqu’un qui n’a jamais existé que dans ce désert lointain. Il est mort peut-être ou en train de poursuivre ces mirages, qui, seuls, sont capables d’enfanter l’espoir là où il est. Je l’imagine escaladant les dunes, atteignant leurs sommets, redescendant, remontant encore tel une ombre condamnée à l’errance.

Je n’ai jamais cherché à lui donner un visage car au fond, je craignais de perdre cette ombre, de la laisser s'enfuir et disparaitre dans le vide.

J’ai dû porter ce vide et cette errance en moi, les mots me fascinent autant que les lieux.

Je suis partie vers ce désert sans savoir ce que je cherchais au juste, et face à une immensité de sables, j’ai compris ce que ma grand-mère voulait dire par venir de loin, cela signifie venir de partout et de nulle part, être itinérant et joignant toutes les possibilités.

Dès mes premiers pas vers l’espace des mots, je ne cessais de répéter « waraka wa kalam » (feuille et crayon), ma mère s’en souvient très bien et continue d’éprouver un grand plaisir en évoquant ces premiers mots de mon enfance. A ses yeux, j’étais douée pour écrire, pour moi j’étais plutôt condamnée à écrire."

 

Tag(s) : #culture

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